Fortifications Belges et Maginot + Les moulins en Belgique

Fortifications Belges et Maginot + Les moulins en Belgique

Eben Article Joseph THONUS suite 5

Suite et fin de l'Article

 

Les causes principales de la chute du fort et du canal

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1° Dans le chef du commandant du fort

En règle générale, les ordres qui sont donnés ne correspondent absolument pas à la situation à laquelle il faut faire face. Durant l'engagement, on remarque un manque chronique d'autorité et de contrôle sur le personnel. Beaucoup d'hommes demeureront inactifs, réfugiés dans les locaux de la caserne souterraine.

2° Du point de vue de l'instruction militaire

Au moment de l'attaque, le fort est inopérationnel. Dans l'ouvrage, le personnel est incapable de manipuler un matériel sophistiqué et délicat, qui nécessite des servants parfaitement drillés. Sur les superstructures, personne n'est capable de la moindre action sérieuse pour dégager le massif. Aucun exercice de ce genre n'a jamais été organisé et l'armement est totalement inadapté.

3° Le moral de la garnison

Le manque de confiance dans les chefs est omniprésent. A l'exception de certains ouvrages, la volonté de combattre est quasiment nulle. L'indiscipline est généralisée, elle est générée et renforcée par la peur d'un danger invisible et indéfinissable, devant lequel chacun se sent impuissant.

4° L'effet de surprise

L'attaque tombe du ciel avec une rapidité foudroyante, alors que la guerre n'est même pas encore déclarée.

5° Une nouvelle arme

L'utilisation de la charge creuse, aux effets dévastateurs, remet en cause tout ce que l'on croyait connaître sur la résistance des ouvrages fortifiés.

 

Les responsabilités

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Toutes les responsabilités doivent-elles être trouvées au fort ? Certes pas, elles sont certainement partagées du plus bas échelon jusqu'aux plus hauts responsables de la « situation » du fort. Certains ordres ne furent pas donnés, d'autres furent donnés trop tard. Après la fin de la guerre, il y eut, concernant le fort d'Eben-Emael, deux commissions d'enquête.

La première, que nous qualifions de « réglementaire » fit l'enquête d'usage pour tous les forts des positions de Liège et de Namur. Par la suite, pour Eben-Emael, il y eut une seconde commission, celle du général Derousseau[1] qui, semble-t-il, se contenta d'examiner uniquement ce qui s'était passé au fort, alors qu'à l'examen du dossier, de nombreuses questions concernaient d'autres échelons : GQG, CRA de Hasselt, commandants des Ier et IIIe Corps et commandant du RFL !

Qui devait répondre :

- du sous-encadrement de la garnison du fort ?

- du non-achèvement de certains travaux encore en cours au fort (ventilation, circuits

  électriques, système de liaison interne, bureau de tir, ouvrages de combat ?

- de la non-livraison de certains matériels (lunette coupole 120) ?

- du manque de précision relatif à certains ordres en cas d'alerte ?

- du prêt d'appareils téléphoniques au camp d'Helchteren ?

- de l'ordre de rétablir les congés le 10 mai 40 sans l'avis de la 2e Section du GQG ?

- du retard de transmission de l'alerte au fort (55 minutes) ?

- de l'ordre d'attendre avant de tirer les salves d'alerte ?

- de l'interdiction de tirer sur la Hollande[2] ?

- de la décision de déménager le GQG durant les premières heures les plus critiques de

   l'attaque ennemie et en l'occurrence du manque de liaison en ces moments cruciaux ?

 

En guise de conclusion

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L'attaque du canal Albert les 10 et 11 mai 1940, qu'il s'agisse des ponts, ou plus particulièrement du fort d'Eben-Emael, demeure un exemple de ce qui peut être réalisé par la combinaison de l'effet de surprise, l'initiative et la préparation soignée d'opérations menées par des combattants « super-entraînés », fanatisés et prêts à toutes les audaces. La garnison du fort semble avoir été victime d'une extraordinaire série de malchances, d'erreurs dues au caractère routinier des instructions de temps de paix et, à la longue mobilisation, aussi est-elle plutôt à plaindre qu'à blâmer. Vingt et un sous-officiers et soldats furent tués à leur poste et les équipes de certains ouvrages, tels Coupole Sud, Canal Nord, Canal Sud et Bloc 01 sont dignes de tous les éloges. On ne connaît pas avec certitude le nombre de victimes de la bataille du canal Albert, mais il y a lieu de se souvenir que la 7e DI, défendant le secteur, a perdu environ 900 hommes et qu'un millier d'autres furent fait prisonniers. Parmi les morts au combat : 116 ont perdu la vie à Veldwezelt; il y eut de nombreux blessés et 400 prisonniers. 147 furent tués à Vroenhoven; il y eut beaucoup de blessés et à peu près 300 prisonniers. 216 morts furent dénombrés à Kanne, de nombreux blessés et environ 190 prisonniers.

Cette énumération quelque peu lapidaire, révèle le triste bilan d'une situation défensive engourdie par une doctrine neutraliste quelque peu excessive, sinon naïve, compte tenu des leçons du passé, et du contexte de la tension internationale de l'époque. Subissant une agression résultant d'une stratégie machiavélique, conjuguée à de hardies opérations offensives menées avec maestria par l'attaquant, les troupes défensives belges se trouvèrent subitement plongées dans une avalanche d'événements auxquels leur impréparation matérielle et morale ne leur permit pas de faire face. D'abord figées dans la stupeur, la plupart des unités se ressaisirent alors que les objectifs essentiels étaient déjà atteints par les assaillants. Néanmoins, à l'issue de ces deux premiers jours de combat, tout aussi déplorable que fut la situation au canal Albert pour les Belges, il y a lieu de rappeler leur brillante conduite au combat. Entre autres, les unités d'infanterie et d'artillerie d'appui et de forteresse engagées dans la défense de ce secteur qui, bien que placées dans les premières heures de guerre toujours les plus pénibles pour de jeunes troupes, au point où se produisait l'effort principal allemand, eurent une attitude au feu qui leur coûta un lourd tribu[3]. Ainsi, les unités de la 7e DI ont largement mérité « Canal Albert » sur leurs étendards ainsi que cette citation :

« Première grande unité ayant subi une attaque en force de la Wehrmacht, soumise inopinément à un bombardement aérien d'une violence extrême et à l'intense action de procédés de combat nouveaux et démoralisants. Etirée sur un front de plus de 20 km et de ce fait, pratiquement privée de réserves, a opposé sur le canal Albert à un adversaire matériellement fort supérieur, une résistance qui lui coûtèrent des pertes élevées ».

 

Les sources

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- Journal de campagne reconstitué par le major Jottrand (en captivité).

- Archives du fort d'Eben-Emael et unités ayant combattu au canal Albert.

- Ceux du fort d'Eben-Emael (anciens du fort).

- Les paras allemands au canal Albert, mai 40 - Lohest J.C.

- Albert Kanal, Eben-Emael - Walther Melzer.

- Eben-Emael - Günther Schalich.

- Lastenssler auf Eben-Emael - J.E. Mrazek.

- Deutscher Pioniere E.V. (Pi IIe Bn 51 mot) - H. Quedenfeld.

- Die Hinnahme von Eben-Emael - Rüdolf Witzig (major ad).

- Manuscrit de Fallschirmjäger du groupe Granit. Witzig-Wenzel-Arent-Maier-Niedermaier-Alef W.

- Récits verbaux de Witzig et Wenzel (souvenirs).

- Eben-Emael, die Überraschende Einnahme entscheidet den Westfeldeug.

- Ce que j'ai vu à Eben-Emael, par l'aumônier du fort (abbé L. Meesen).

- En contre-attaque sur Eben-Emael par le commandant S. Hautecler.

- Copie du rapport établi en 1945 par le sous-lieutenant Wagemans (2e Grenadiers).

- « Die Deutschen sind da. Oh mon Dieu ! » - Jochen R. Klicker.

- Relation des événements qui se sont passés les 10 et 11 mai 40 au fort d'Eben-Emael (mémoires écrites en captivité par le

  major Jottrand).


 


06/12/2008
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