Fortifications Belges et Maginot + Les moulins en Belgique

Fortifications Belges et Maginot + Les moulins en Belgique

Eben Article Joseph THONUS suite 4

 

Quels étaient les obstacles de défense dont disposait le fort ?

Du côté canal, la tranchée de Caster, dont la pente abrupte mesure 60 mètres, constitue un obstacle infranchissable[1]. De plus, Canal Nord et Canal Sud tiennent le canal Albert sous leurs feux. Sur le flanc Ouest, faisant face aux points d'appui du 2e Grenadiers, du bloc II au canal, le fossé « humide » de 10 mètres de large est inondé sur une profondeur de 4 mètres par les eaux du Geer. Le flanc du massif, très escarpé, est couvert par les armes des blocs I et II. Du côté Sud, il y a un fossé sec[2] de 10 mètres de large et 4 mètres de profondeur. Sur le flanc du côté du fort, le mur d'escarpe est bétonné. Tout ce périmètre est tenu sous le feu des blocs I, IV, V et VI[3]. Il y a en outre divers types d'obstacles (barbelés, tétraèdres, etc.) devant les blocs I, II, IV, VI ainsi que sur le glacis allant du bloc V jusqu'au canal. Comme on peut s'en rendre compte, on avait tout de même pensé aux éventuelles attaques terrestres (conventionnelles).

D'autre part, sur les superstructures, seuls Mi Nord, Mi Sud et 01 disposent d'une double rangée de barbelés. Par contre, les ouvrages d'artillerie sont dépourvus de fossés « diamant » ou d'autres obstacles pouvant entraver l'approche. Aussi peut-on sans peine accéder aux tourelles et embrasures des casemates pratiquement de plain-pied. La surface du massif est dépourvue de tout obstacle ! Cet état de fait entraînera de multiples reproches à l'encontre du commandant du fort et de l'autorité supérieure. Il eût en effet été souhaitable d'avoir des réseaux de barbelés autour de chaque ouvrage et même dans les intervalles.

Il ne s'agit cependant pas d'un simple oubli, il est bon de se souvenir que lors d'une visite du conseiller militaire du Roi, le major Jottrand lui avait signalé les déficiences de son dispositif de défense; il s'était fait, selon la coutume, vertement rabroué avec cette morgue insupportable, célèbre chez le général Van Overstraeten[4]. Il est vrai que le massif du fort pouvait être battu par les canons de 75 tirant en « boîtes à balles » et les 120 fusant à évent zéro ! De plus, il y avait les 6 mitrailleuses de Mi Nord et Mi Sud, sans oublier les 2 FM des débouchés d'infanterie. Mais tout de même, le major Jottrand n'aurait-il pu prendre l'initiative de faire placer des réseaux de barbelés autour des ouvrages et sur le massif du fort ? Il faut avoir connu l'armée belge en 1940 et ses principes de centralisation à outrance, pour savoir que pour obtenir ne fût-ce qu'un clou ou un piquet, il fallait l'accord des plus hautes autorités !

Il n'empêche qu'il est quasi certain que si les aéroportés s'étaient retrouvés empêtrés dans des réseaux de barbelés pour ensuite se heurter à un fossé « diamant » avant de pouvoir placer leurs charges creuses sur les coupoles et embrasures des ouvrages, les défenseurs auraient sûrement eu le temps d'intervenir. Si seulement, à défaut de tétraèdres, de simples pieux avaient hérissé les superstructures du fort, l'atterrissage des planeurs se serait transformé en catastrophe pour le groupe Granit ! Le 10 mai 1940, comme à l'exercice, sur un terrain de football, les aéroportés n'eurent aucun mal à courir vers leurs buts, bien que lourdement chargés de leurs charges creuses !

Ce que les aéroportés allemands ignoraient

1° Les fausses coupoles. Bien que l'opération ait été préparée dans ses moindres détails, à l'aide des renseignements patiemment accumulés, les parachutistes ignoraient que trois coupoles étaient factices. Ainsi, deux équipes de planeurs (troupes 6 et 7) soit 15 hommes, furent entraînés à la prise de ces deux coupoles de la pointe Nord (la fausse coupole plus au Sud ne fut pas concernée).

 

2° Les sorties de secours. Chaque ouvrage, à l'exception des coupoles et des casemates, possède une sortie de secours invisible de l'extérieur. Ces sorties ne sont connues que de certains officiers. Il s'agit d'un trou d'homme, percé dans le béton un peu plus bas que le sol extérieur et muré par quelques briques. En cas de nécessité absolue de sortir, il suffit d'enlever ces quelques briques et de creuser un peu la terre pour arriver à l'extérieur. Au bloc 01, la sortie est sur le haut. Aux ouvrages Canal Nord et Canal Sud, elle donne sur le chemin de halage du canal Albert. Les aéroportés ignoraient cette particularité qui aurait pu leur être bien utile cependant, notamment pour faire sauter les ouvrages.

3° La topographie interne du fort. Les Allemands ignoraient tout de la conception interne du fort, de même que des dispositifs de sautage des galeries[5].

Ces faits confirment qu'aucune fuite d'information ne s'était produite durant la construction du fort ni, par la suite, au cours de son occupation par la garnison.

Les déboires du groupe Granit

Contrairement aux espoirs du haut-commandement allemand, l'armée belge et, en l'occurrence, le fort d'Eben-Emael, sont alertés suffisamment tôt[6] pour être prêts dès 03 h 30, soit trois heures après l'ordre d'alerte (laps de temps prévu par le dossier d'alerte). Compte tenu des armes pouvant agir sur le massif du fort, les planeurs et leurs occupants devraient être anéantis en quelques minutes. Si, contre toute attente, il survivait, le groupe Granit serait handicapé par :

- l'absence de deux planeurs (n° 2 et 11) dont celui du chef de groupe, le lieutenant Witzig (qui rejoint alors que la mission est accomplie);

- les planeurs 6 et 7 perdent du temps en attaquant les fausses coupoles, ce qui les retarde dans l'exécution de leurs autres missions;

- le retard que subissent le groupe d'artillerie Aldinger[7], l'IR 151 et le bataillon PI 51 à Maastricht, dans l'énorme embouteillage causé par l'échec du Bau-Lehrbataillon zur Besonderen Verwendungen n° 100, en l'occurrence le sautage des ponts de Meuse, ensuite par celui du pont de Canne sur le canal Albert;

- le manque d'armes lourdes (mitrailleuses et mortiers).

 

Witzig raconte[8]

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La chute aussi inattendue et rapide du fort d'Eben-Emael, ainsi que la brièveté des communiqués de la Wehrmacht, laissèrent planer un certain mystère sur le déroulement de cet audacieux coup de main. S'emparant du sujet, la presse étrangère donna libre cours aux narrations les plus fantaisistes. C'est ainsi qu'en 1941, un journal américain claironnait, suivant les déclarations d'un capitaine hollandais, que les firmes allemandes ayant participé aux travaux du canal Albert, auraient laissé en Belgique certains de leurs ouvriers, qui se seraient même mariés dans la région. Ceux-ci, ayant pendant des années cultivé des endives dans les grottes de l'endroit, auraient profité de l'occasion pour amasser sous le fort d'Eben-Emael, des charges explosives qu'il n'y aurait plus qu'à amorcer le jour de l'attaque de l'ouvrage.

En réalité, durant la construction du canal et du fort, nous n'avons pu obtenir aucune information susceptible de nous intéresser. La vérité est que le secret des fortifications fut tout aussi bien gardé du côté belge, que de notre côté celui des nouvelles méthodes de combat et des nouvelles armes.

Bien que connaissant parfaitement la disposition des ouvrages « extérieurs » (superstructures) et des défenses périphériques, grâce à l'exploitation de photos aériennes, nous ignorions tout de la conception interne du fort. Certes, nos services d'information avaient eu l'occasion de questionner certains transfuges et déserteurs belges, mais les renseignements obtenus ne furent d'aucune utilité, n'ayant rien de commun, ni rien à voir avec Eben-Emael, dont la construction était récente. Notre mission comportait d'énormes risques, tant dans sa première partie, comprenant le décollage et le vol de nuit qui à eux seuls constituaient un véritable exploit, que dans sa deuxième partie. Cette seconde partie de la mission comprenait l'atterrissage et la destruction des ouvrages. C'était le moment le plus critique, celui où nous serions les plus vulnérables, car soumis au feu des armes des défenseurs. Il était prévu que les quatre groupes atterriraient simultanément à 04 h 25, exactement 5 minutes avant le franchissement de la frontière germano-hollandaise par nos troupes. Ces cinq minutes de sécurité avaient été requises par le commandant Koch, afin de garantir l'effet de surprise.

Chacun connaissait exactement sa mission dans les moindres détails. Le temps jouant contre nous, tout devait aller très vite; les destructions devaient être exécutées endéans les 10 minutes, tout ce qui ne serait pas réalisé avant les 60 premières minutes, ne pourrait plus l'être suite à la réaction des défenseurs. Nos seuls atouts se résumaient en « surprise » et « rapidité d'action ». La mission était claire, attaque simultanée et destruction de toutes les armes d'infanterie, depuis les mitrailleuses jusqu'aux canons à tir rapide. Neutralisation de l'artillerie orientée vers le Nord (protection des ponts de Veldwezelt, Vroenhoven et Kanne) et résistance sur place jusqu'à la relève par les unités d'avant-garde. A notre grand étonnement et soulagement, les défenseurs n'opposèrent aucune réaction.

Tout se déroula comme à l'exercice. Le fait que les ouvrages d'artillerie n'étaient pas protégés par des fossés, réseaux de barbelés ou obstacles quelconques, nous facilita énormément la tâche; c'était inespéré ! L'absence de mines sur le terrain, facilita encore considérablement notre entreprise !

Bien que la prise de certains ouvrages nous offrît la possibilité de pénétrer dans les galeries du fort, nous n'avons pas tenté d'incursion. Cela aurait comporté trop de risques, étant donné que nous ne connaissions pas la topographie des lieux, ni même l'organisation de la défense interne, pas plus que le système des destructions prévues. Des grenades et des charges explosives furent lancées vers les étages inférieurs afin de décourager les défenseurs à contre-attaquer par les escaliers.

Nous nous attendions par contre à des contre-attaques sur le massif. Le fait que les troupes qui devaient nous relever soient bloquées par le sautage des ponts de la Meuse et du pont de Kanne, nous causa un sérieux problème et d'inquiétants soucis, car nous fûmes contraints de tenir notre position toute la nuit du 10 au 11 mai, alors que nous aurions dû être relevés dès la matinée du 10. Il va de soi, compte tenu du manque d'armes lourdes, de notre faible effectif, des blessés et des tués, que nous n'aurions pas pu tenir face à une contre-attaque bien menée avec des forces suffisantes. Si, pendant la journée, notre Luftwaffe nous protégea efficacement, dès la tombée de la nuit, nous devenions très vulnérables. Ce que nous redoutions le plus, c'était la possibilité d'infiltrations à la faveur de l'obscurité. Fourbus par cette rude journée, les hommes restèrent sur un informel qui-vive jusqu'au lendemain matin. Fort heureusement, les timides tentatives de contre-attaques furent repoussées sans peine et la nuit fut calme.

Quelles sont les raisons qui causent la reddition du fort :

1° La surprise est telle qu'elle annihile d'emblée toute volonté de combattre.

2° La neutralisation des ouvrages extérieurs crée une atmosphère d'insécurité. Se croyant en sûreté, à l'abri des cuirasses, les hommes réalisent subitement qu'ils sont très exposés et soudainement, ils se sentent prisonniers de leur propre fort.

3° Suite aux explosions ébranlant le fort et à la fumée se répandant dans les galeries, la panique s'empare des défenseurs.

4° Toute aide extérieure est vouée à l'échec, même durant le temps où le fort n'est pas encore encerclé (action de la Luftwaffe).

5° Il n'y a aucune tentative de contre-attaque en force suffisante et surtout animée de la ferme volonté de nous déloger. La garnison, forte de 1.200 hommes, a été entraînée à combattre sous la protection du blindage des ouvrages, mais pas en terrain découvert. Il faut considérer qu'il y avait là une grave lacune au niveau de l'instruction militaire, d'autant plus que le moral faisait défaut. Une attaque nocturne nous aurait mis immédiatement en danger !

6° L'ouvrage avait de nombreux points faibles. Les coupoles d'artillerie ne disposaient d'aucun moyen de défense rapprochée propre. Les casemates étaient dépourvues de fossé interdisant l'approche des embrasures[9]. Il n'y avait aucun réseau de barbelés protégeant l'approche des ouvrages, ni aucune mine ! Par contre, nous avons été leurrés par les fausses coupoles, qui étaient parfaites. Nous n'avons pas pris assez de précautions vis-à-vis de Coupole Sud qui, de par sa situation, ne semblait pas pouvoir nous mettre en danger mais qui finalement, balaya le fort de tirs de harcèlement. Dans l'ensemble nous avons trouvé le fort moins bien défendu que nous ne le supposions et notre entraînement sur des fortifications mieux protégées nous a été profitable. Les blocs Canal Sud et Canal Nord furent les plus performants, ils étaient inaccessibles et défendirent efficacement le canal.

 

Trahison ... cinquième colonne

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Il a souvent été fait allusion à l'existence d'une cinquième colonne et, en l'occurrence, à des sabotages du matériel de tir. Dans l'immédiat après-guerre, par manque de sources fiables, il a été fort difficile de se prononcer sur la question. Il faut de toutes manières se montrer très circonspect sur un pareil sujet. Néanmoins, certains témoignages ont été enregistrés et ont fait l'objet d'enquêtes minutieuses qui, soit se soldèrent par des non-lieux, soit révélèrent des incohérences ou des absences de preuves.

A l'heure actuelle, un seul point reste acquis : les Allemands possédaient les plans des superstructures du fort. Le 10 mai 1940, on a en effet trouvé sur le corps d'un aéroporté, une carte au format carte postale, donnant à l'échelle tous les organes de la superstructure du fort. Ce document a été établi à l'aide de photographies aériennes, comme il a déjà été dit précédemment (documents 115/16-108/4-113/3-116/12)[10]. Avant la mobilisation, la position fortifiée de Liège fut souvent survolée par des avions étrangers, voire un dirigeable, sans que ceux-ci aient été inquiétés. Witzig n'a, pour sa part, jamais nié s'être servi de photographies aériennes, qui lui fournirent les informations nécessaires à l'entraînement de ses hommes.

D'autre part, un Malmédien nommé Fritz Bodet, déserteur au début 1940, se serait engagé dans le régiment spécial Brandenbourg, dont faisaient partie les pilotes de planeurs qui participeront à l'attaque sur Eben-Emael (documents 115/18-149). Il résulte d'un jugement rendu à Bruxelles en juin 1947, que Bodet n'a pas participé à l'attaque du fort.

Il faut savoir que d'anciens soldats du fort, tels que Guens (milicien classe 38), Laurent (milicien classe 36) et Duchâteau (milicien classe 34) se sont engagés pendant l'occupation à la Légion Wallonie ou à la Werbestelle, mais cela ne prouve strictement rien quant à leur conduite avant-guerre. Dans le même ordre d'idée, le soldat Boveroux (milicien classe 38), prisonnier de guerre au Stalag XI B, aurait quitté le camp en compagnie d'un sous-officier allemand et n'aurait plus jamais été revu (document 383). Relevons à présent quelques témoignages dignes de foi.

A Coupole Sud : - Le 1er Mdl Fourier attribue les défaillances constatées à l'incompétence du  personnel. Selon lui, il suffisait d'une fausse manoeuvre pour mettre hors service le délicat matériel. Il ne pense pas qu'il y ait eu le moindre sabotage (document 302).

                            - Le 1er Mdl Couclet déclare qu'à l'alerte, en arrivant à la coupole, il n'a constaté     aucune dégradation ni à la coupole, ni aux installations annexes. La coupole n'était pas ouverte à son arrivée[11] (document 312).

A Coupole 120 : - Le lieutenant Dehousse n'est pas au courant d'un sabotage possible de la coupole (document 321).

                          - Le lieutenant Legaie ne croit pas que les constatations faites par Cremers aux embrayages et aux monte-charge résultent de sabotages. Les mécanismes étaient fort délicats, selon des constatations faites avant le 10 mai (document 316).

                          - Le commandant Vamecq n'a pas l'impression que des actes de sabotage aient pu être commis (document 362).

                          - Le lieutenant Verstraeten n'a rien constaté personnellement. Il n'a pas été signalé que les coupoles ou les casemates aient été trouvées ouvertes lors de l'occupation de l'alerte (document 360).

                          - Le chef spécialiste Reynaerts signale que les monte-charges ont donné beaucoup d'ennuis avant le 10 mai (document 392).



[1] Si l'on ne prend pas en considération la possibilité d'une attaque aéroportée.

[2] Aussi appelé « fossé antichar ».

[3] La défense du pourtour du fort était dotée en tout de 12 canons de 60, 19 mitrailleuses et 19 projecteurs.

[4] Ce fut également le cas du commandant Giddelo, commandant le centre de transmissions de Lanaken, seul officier autorisé à donner l'ordre de sautage des ponts et qui, lors de la visite du même personnage, ayant fait remarquer la situation plutôt précaire de son poste, se vit désobligeamment rétorquer « auriez-vous peur Giddelo ? ». Le 10 mai 1940, à 04 h 00, trente minutes avant l'attaque des ponts, ayant été bombardé par une escadrille de Stukas, Giddelo, ainsi que ses 23 TS, gisaient sous les décombres de leur centre de transmissions. Giddelo n'eut jamais l'occasion de donner l'ordre de faire sauter les ponts !

[5] En réalité, à l'exception de la destruction de la galerie menant à 01, rien n'était prévu en ce qui concerne les autres galeries ou ouvrages.

[6] Se reporter aux avertissements du colonel Oster de l'Abwehr, via le colonel Goethals (attaché militaire à Berlin).

[7] Appui d'artillerie en liaison radio avec le groupe Granit (lieutenant Delica).

[8] Après la guerre, Witzig reprit du service au sein de la « Bundeswehr », où il termina sa carrière avec le grade de colonel, comme commandant d'une école du génie. L'ancien commandant du groupe Granit est revenu plusieurs fois à Eben-Emael, sur les lieux de son premier succès. Le 9 mai 2000, âgé de 84 ans, toujours bon pied bon oeil et soixante années après son atterrissage, il avait voulu rendre une dernière visite au fort, en compagnie de Wenzel, celui de ses sous-offciers qui avait mené l'assaut en son absence. Ce fut pour nous l'occasion d'obtenir certaines précisions, jusque là inédites. Witzig est décédé à Oberschleissheim, le 03 octobre 2001.

[9] Le fossé « diamant » est creusé de manière à présenter des saillies de formes pyramidales, qui doivent protéger un bloc de combat en interdisant l'approche des embrasures et en empêchant l'obstruction de celles-ci par des débris de béton.

[10] Référence aux documents composant le dossier « seconde commission » du fort d'Eben-Emael.

[11] Lorsqu'ils n'étaient pas occupés, les ouvrages (coupoles, casemates) étaient verrouillés. De plus, seul le personnel prévu (équipes des pièces) avait le droit d'y accéder. Cette règle était valable pour tous les autres ouvrages.

Les raisons de la neutralisation si rapide du fort

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1° Avant l'attaque

- L'énorme surface de la superstructure a souvent été mise en cause (40 hectares). Cependant, si toutes les armes ou même seulement quelques-unes, prévues pour la défense terrestre avaient tiré, les planeurs et leurs occupants auraient été annihilés.

- Une arme secrète, les charges creuses. Celles-ci n'ont cependant percé aucune cuirasse des observatoires d'artillerie ni des coupoles. Des charges conventionnelles auraient causé les mêmes pertes parmi les observateurs.

- Les planeurs, un procédé « nouveau » inconnu jusqu'alors. Cependant, les parachutistes, eux étaient connus (mise en oeuvre de divisions entières de parachutistes en Russie dès 1936), les documents saisis à Maasmechelen y font allusion. Certes le regroupement de paras dispersés sur la superstructure du fort aurait pris plus de temps que le débarquement des planeurs mais peut-on supposer que cela aurait suffit pour compenser notre impréparation au combat ?

2° Au moment de l'attaque

La chute rapide du fort est essentiellement due au fait que les aéroportés ont surpris le fort en flagrant délit d'impréparation et cela malgré le long délai qui suivit l'ordre d'alerte réelle. Le fort n'est pas prêt, bien qu'averti. L'attaque demeure une « surprise » :

- Les 14 guetteurs prévus sur le massif ne sont pas à leur poste.

- Par manque de préparation technique, les MiCA échouent dans leur mission.

- La plupart des ouvrages ne disposent pas du personnel nécessaire.

- Des déficiences techniques apparaissent dès la mise en action.

- Les premières caisses de munitions ne sont pas ouvertes.

- Le commandant et de nombreux officiers se trouvent au dehors, à la poterne, au lieu d'être dans les bureaux de tir au moment de l'attaque. A l'exception d'une cinquantaine de cartouches tirées par trois MiCA, aucune arme du massif[1] n'a tiré le moindre coup au moment où l'attaquant était le plus vulnérable.

- Le fort, disposant de mines, les conserve en réserve au lieu de les placer sur le massif où           l'on avait, par contre, aménagé un terrain de football !

 

A quoi imputer l'impréparation matérielle et morale ?

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1° Le 9 mai 1940 : dans la soirée, le retour au régime normal des congés crée au sein de l'armée, une ambiance euphorique. Soulagés, après avoir trop attendu, les soldats ne manquent pas de fêter l'événement le soir même. L'allégresse est à son comble lorsque dans certaines unités, alors que les premiers départs en congé sont prévus pour le matin du 10, des permissionnaires quittent leurs garnisons le soir du 9 mai. Une telle atmosphère n'est certainement pas de nature à rendre crédible, quelques heures plus tard, une alerte réelle. Rappelons qu'en outre, un exercice d'alerte était prévu pour le lendemain 10 mai !

2° L'ordre de retarder les 20 coups d'alerte donné par un (mystérieux) échelon supérieur, reste étrange ! Le mot code (René) est bien celui de l'alerte réelle, y a-t-il confusion ? Contre-ordre ? Au fort d'Eben-Emael, les 20 coups ne sont tirés qu'à 03 h 25. C'est seulement alors que les plus incrédules, et ils sont nombreux, commencent à prendre l'alerte au sérieux et se lèvent, 2 h 50 après la réception de l'ordre d'alerte du GQG ! Si ce retard s'avère particulièrement néfaste pour la garnison de Wonck, il entraîne également de lourdes conséquences auprès des unités d'infanterie déployées le long du canal Albert.

3° Certaines directives particulières appliquables en cas d'alerte réelle et ipso facto, en cas de conflit, ne parviennent jamais aux unités, il s'agit notamment de :

- la nécessité d'ouvrir les caisses à munitions et de charger les armes collectives;

- certaines munitions, des allumeurs de grenades et des amorces restent dans les caisses plombées.

4° Le fort d'Eben-Emael n'est pas le seul dans cette situation, des problèmes similaires apparaissent au sein des unités d'infanterie chargées de défendre le canal Albert :

- les armes lourdes étant rentrées tous les soirs, les 8 mortiers du régiment défendant Veldwezelt ne sont pas en place lors de l'attaque des aéroportés;

- dans d'autres unités, les mortiers restent en place, mais leurs servants ne disposent que de grenades sans allumeurs !

5° Aucune instruction d'évolution d'infanterie au combat n'a été prodiguée aux artilleurs de forteresse (qui d'ailleurs ne disposaient que de l'armement individuel et collectif de piquet[2]) pour le cas où une contre-attaque devrait être opérée pour dégager les superstructures. De même, on n'avait pas prévu d'aménager des épaulements pour l'intervention terrestre des MiCA, pas plus que des tranchées, permettant à cette section se trouvant isolée sur le massif de se défendre contre une attaque terrestre. De fait, elle était dépourvue de grenades et de lance-grenades. Aucun réseau de barbelés, aucune mine n'avait été disposés en protection de la section MiCA.

6° Quelle attitude adopter dans le cas où l'ennemi utiliserait des prisonniers comme bouclier[3] ? Faut-il sacrifier des compatriotes au bénéfice de la défense de la position (ouvrages, coupoles) ? Faut-il ne pas tirer au risque d'être neutralisé ? Faut-il dans ce cas accepter tout simplement la défaite ? Un ordre précis et sans ambiguïté devait être prévu.

 



06/12/2008
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