Fortifications Belges et Maginot + Les moulins en Belgique

Fortifications Belges et Maginot + Les moulins en Belgique

Eben Article Joseph THONUS suite 3

 

L'ordre d'interdiction de tirer en hollande[1]

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Le major Jottrand donne priorité aux corvées[2]

Le commandant du fort n'a pas été informé par l'échelon supérieur des renseignements alarmants du 9 mai (effervescence de la Wehrmacht dans l'après-midi de cette journée, en l'occurrence plusieurs unités serrant sur la frontière), pas plus que des activités militaires ennemies dans le secteur frontalier du Groupement K[3]. En l'absence de la garnison de Wonck, qui le 10 mai vers 02 h 00 n'a pas encore rejoint le fort, il décide de commencer les déménagements prévus par les ordres du dossier d'alerte. Le personnel de piquet de tous les blocs de défense rapprochée du pourtour du fort et de Mi Nord et Mi Sud sont appelés devant la poterne. Cette décision prive temporairement le massif du fort de l'essentiel de sa défense terrestre (6 Mi, 1 FM et 4 projecteurs).

« Alerte générale »

A l'arrivée des planeurs, le major Jottrand et quelques officiers se trouvant à la poterne du fort avec les hommes de corvée, aperçoivent des avions volant « moteurs calés ». Du téléphone du corps de garde, le commandant Hoterman ordonne aux MiCA d'ouvrir le feu « s'il s'agit d'avions allemands ». Le major Jottrand donne l'ordre de faire sauter les dispositifs de destruction du groupe 

Eben-Emael (ponts de Canne, de Lanaye et de Petit-Lanaye) et fait rentrer tout le monde dans le fort. Rentrant dans son bureau administratif (caserne souterraine), il fait sonner par les sirènes « alerte avions ». Le commandant Vanderauwera ordonne l'alerte « attaque générale », ce qui doit entraîner le tir sur les glacis[4] des armes de tous les blocs de défense extérieurs. Or, c'est l'alerte « attaque massif » qu'il aurait fallu ordonner[5] ! Avec pour conséquences le déclenchement d'un tir général des pièces protégeant le massif. En combinaison avec les 6 Mi et 2 FM[6] balayant de leurs tirs le massif du fort, on peut imaginer ce que les tirs des 10 canons de 75 en « boîtes à balles »[7] et des 2 canons de 120 « fusant à évent zéro » auraient pu causer comme dégâts au groupe de l'opération « Granit », débarquant sans protection sur les superstructures du fort ! Encore eût-il fallu que ces ouvrages soient prêts et en mesure de tirer ! Si tel avait été le cas, avec les moyens dont disposait le fort, les planeurs et leurs occupants auraient été anéantis en quelques minutes !.

Les ouvrages n'étaient pas prêts à entrer en action

Tout d'abord on n'avait pas ouvert les premières caisses de munitions ! Il faut savoir que toutes les munitions, quelle qu'en soient la nature, sont stockées dans des caisses scellées (emballage de sécurité contre l'humidité[8]). Chacun savait qu'il n'était pas question de desceller les caisses sans un ordre ! Si lors d'une alerte, l'on descellait des caisses, après la fin de l'alerte c'était tout un drame pour les faire resceller par les services spécialisés, aussi on y regarde à deux fois. C'est ainsi que, même le 10 mai, le chef du bloc VI se voit infliger des reproches en provenance du PC parce qu'il avait ouvert quelques caisses ! Au bloc Mi Nord, le brigadier Petry reçoit l'ordre du PC de ne pas ouvrir les caisses. Aussi les mitrailleuses ne seront-elles pas chargées !

Quelle est donc la situation des ouvrages du massif au moment où apparaissent les planeurs ennemis ?

Défaillances techniques et manquements aux ouvrages de superstructure

A Coupole Nord : on se prépare à effectuer un tir « boîtes à balles » mais ... incident ! Le monte-charge est bloqué, un pourvoyeur ayant mal disposé les munitions dans la noria[9]. La coupole sera neutralisée pendant le dépannage. En fait, bien qu'ayant subi les explosions de deux charges creuses de 50 Kg, la coupole avait bien résisté. Non seulement son blindage n'avait pas été percé mais elle était encore en état de fonctionner et, par un pur hasard, le personnel n'avait pas été atteint par les effets des explosions. En réalité ce fut l'attaque de son débouché d'infanterie qui causa l'abandon de l'ouvrage. Et pour cause : grilles, portes de sas, chariots de munitions et cage de monte-charge étaient hors service. Normalement l'entrée du débouché d'infanterie était défendu par un FM dont les tirs devaient en interdire l'accès. Cependant, à l'aube du 10 mai, alors que les aéroportés attaquaient les ouvrages de superstructure, le poste FM était inoccupé ! Ce manquement permit à un sous-officier parachutiste de faire sauter la grille de protection avec une charge de 3 kg et de placer une charge creuse, de 12,5 kg, au pied de la porte renforcée. L'explosion ravagea le niveau de la noria. Remarque : des travaux de restauration ayant eu lieu en 1998 ont permis d'effectuer une analyse approfondie des effets des explosions et par conséquent du déroulement de l'attaque de cet ouvrage, jusque-là inaccessible. Il en résulte sans conteste que :

- le barrage de poutrelles était en place (arraché par l'explosion)

- le défenseur n'était de ce fait pas à son poste (plus de vue vers l'extérieur)

- la porte renforcée n'était pas verrouillée (verrous demeurés intacts)

- un seul mort, le brigadier Biesman qui débloque le monte-charge au niveau de la noria.

- de par son emplacement par rapport à celui de la charge creuse, si le tireur FM avait

  occupé sa place, il aurait été déchiqueté.

NB : cette coupole est à ce jour encore en état de se mouvoir (éclipse et orientation). In fine, après avoir manqué sa première mission par manque de personnel (salves d'alertes), Coupole Nord n'aura pas tiré un seul obus !

 

A Coupole Sud : hormis le petit incident lors du tir des salves d'alerte, c'est le seul ouvrage qui est en mesure de tirer durant les deux jours de combat, ce qui gène fortement les attaquants.

 

 

La capacité opérationnelle de la coupole 120, une merveille de technologie

Avant guerre, la même impression d'admiration gagnait les rares visiteurs « privilégiés » ayant eu l'occasion de pénétrer dans la coupole de 120. « C'est cela qu'il faut voir » tout marche à l'électricité ! On pousse sur un bouton et les canons se placent en position de tir. On pousse sur un autre et l'obus monte avec la charge à hauteur de la culasse. Un troisième bouton et l'obus est refoulé dans la chambre du canon. Une pression sur un quatrième bouton et voilà que toute la coupole tourne en un mouvement si doux qu'on a l'impression de ne pas bouger ! Plus que l'épaisseur des voûtes et des cuirasses, ce qui étonnait le visiteur c'était la propreté du matériel tout neuf et surtout le mécanisme perfectionné qui permettait à l'ouvrage de se mettre en action avec une extrême rapidité. Qu'en fut-il le 10 mai 1940 ?

 

Lorsque la coupole reçoit l'ordre de tirer (04 h 25) les incidents commencent :

1° On se rend compte que les monte-charge sont déréglés (problème de noria).

2° Le déboucheur apprête son matériel et s'aperçoit que les lames de la pince du débouchoir[10] ont disparu ! L'évent le plus petit au débouché est de 15'', ce qui correspond à environ 6 km de portée[11].

3° On réalise qu'il n'y a pas moyen de déclencher le contre-poids de lancement du refouloir ! L'embrayage reste calé, malgré les efforts des hommes. On tente alors d'effectuer la manoeuvre de chargement manuellement mais la puissance de refoulement de l'obus étant insuffisante, ce dernier ne s'engage pas dans les rayures du tube et retombe sur le refouloir. Impossibilité de charger ! «  Coupole 120 manque » ! Lorsque le chef de pièce informera le PC de la progression des aéroportés allemands vers sa coupole, le PC ordonnera «  défendez-vous comme vous le pouvez ». Cette coupole, dotée d'une cuirasse de plus de 400 tonnes d'acier, sous laquelle se trouvent des canons jumelés d'une puissance de feu égale à une batterie de 120[12], en sera réduite au tir à la carabine d'un homme, visant par le logement d'une lunette de pointage « manquante » !!!

Maastricht I

Au moment de l'alerte, elle est occupée par une équipe presque complète, mais à 02 h 30 elle reçoit l'ordre d'envoyer la moitié de son personnel dans la cour, devant la poterne, pour renforcer les corvées. De ce fait, les hommes restants sont trop peu nombreux pour servir la casemate, qui sera neutralisée par une charge creuse de 12,5 kg avant d'avoir reçu le moindre ordre de tir.

 

Maastricht II

Il y manque 12 hommes, mais elle reçoit du personnel de renfort de Maastricht I. Les fonctions des membres du groupe présent sont mal définies. Dès le début de l'attaque la cloche d'observation, dont la lunette manque, est détruite par une charge creuse de 50 kg. Simultanément, une attaque par charge creuse de 12,5 kg détruit une embrasure de la casemate. L'ouvrage est neutralisé avant d'avoir pu tirer un seul coup.

 

Visé I

Il y manque 12 hommes, à l'instar de Maastricht 2. Bien que disposant d'un important secteur de tir sur le massif du fort, Visé I est dépourvu de « boîtes à balles ». Faute d'objectif désigné, on tire donc « fusant à évent zéro » pour occuper le personnel. Bien que son orientation (vers Visé) ne présente aucun danger pour l'opération ennemie, l'intervention de la casemate attirera sur elle l'attention des aéroportés. Conscients du danger, ceux-ci mettent les pièces hors d'usage en introduisant des charges explosives dans les tubes à 09 h 00 et à 17 h 00.

 

Visé II

L'équipe est pratiquement au complet. Située au Sud du massif, orientée vers Visé et n'ayant de surcroît pas tiré, cette casemate ne sera pas inquiétée par l'ennemi.

 

 

Mi Nord

Ne sont à leur poste qu'un brigadier et quatre hommes non qualifiés, sur un effectif de 2 sous-officiers et 12 hommes. De toute évidence, c'est insuffisant pour assurer le service de 3 mitrailleuses, 1 fusil-mitrailleur et 2 projecteurs, mais les deux observateurs d'Eben II sont à leur poste. Ordre est donné de ne pas ouvrir les caisses de munitions ! Lors de l'attaque ennemie par charges creuses sur la cloche d'observation et sur les embrasures, les armes ne sont donc pas chargées !

 

 

Mi Sud

L'équipe de piquet à son poste dans l'ouvrage, est rappelée à 02 h 30 pour effectuer des corvées (3 brigadiers et 11 soldats). L'ouvrage est vide lors de l'attaque ennemie par lance-flammes et charges creuses.

 

 

Les Mi CA[13]

L'adjudant Longdoz dispose de 4 mitrailleuses. Voyant apparaître des « avions », il demande par téléphone l'autorisation d'ouvrir le feu[14]. Il lui est répondu de ne tirer que s'il voit distinctement les signes de nationalité étrangère. Les planeurs portent bien des croix noires sur le fuselage, mais si petites, que dans l'aube naissante on ne les distingue pas ... ou trop tard ! Enfin, l'ordre de tirer est donné par le commandant Hotermans. Les MiCA tirent mais, mal réglées, seules les Mi 1, 2 et 4 parviennent à cracher ensemble une cinquantaine de cartouches et ... s'enrayent ! Il est déjà trop tard, les planeurs sont sur le point d'atterrir;  l'un d'eux passe si près qu'il arrache de son aile une mitrailleuse de son socle. Les aéroportés bondissent de leurs planeurs en tirant et en hurlant. Surpris par les tirs de mitraillettes et les lancements de grenades, les MiCA ne disposant que de leurs carabines, sont bien vite réduits à l'impuissance. Il en est de même des hommes se trouvant encore dans le baraquement Graindorge[15], où se trouvent un téléphone et deux mitrailleuses de réserve. A l'arrivée des planeurs, le baraquement aurait dû être vide, mais il y restait encore quelques hommes. Probablement certains « MiCA » préféraient-ils attendre la fin de l'alerte à l'abri, plutôt qu'en plein air ?

 


[1] Il est à remarquer que cet ordre ne précise pas ce qu'il convient de faire dans le cas où l'on serait directement attaqué, ni dans le cas où nous serions attaqués en même temps que la Hollande, ni dans le cas où les lisaisons avec le GQG seraient interrompues.

[2] Décision qui paraît logique si l'on exclut la possibilité d'une attaque aéroportée à laquelle personne n'aurait pensé à l'époque.

[3] Dans les Ardennes.

[4] Glacis : talus incliné qui s'étend en avant d'une fortification.

[5] Il y a une énorme différence entre « attaque massif » et « attaque générale ».

    « attaque massif » met en oeuvre la défense de la superstructure du fort.

    «  attaque générale » met en oeuvre la défense périphérique du fort.

[6] Mi Nord, Mi Sud, Débouché d'infanterie de Mi Nord et Coupole Nord. Il est de plus à remarquer que le tireur FM de coupole Nord n'était pas à son poste lors de l'attaque du débouché d'infanterie (l'établissement du barrage de poutrelles et sa destruction par explosion d'une charge corroborant ce fait).

[7] Visé 1, MA2, Coupole Nord et Coupole Sud.

[8] L'ouverture des caisses était particulièrement laborieuse, d'autant qu'il n'existait aucun outil adéquat pour effectuer ce travail.

 



06/12/2008
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