Fortifications Belges et Maginot + Les moulins en Belgique

Fortifications Belges et Maginot + Les moulins en Belgique

1 - Eben-Emael ( description de l'attaque du fort )


Eben-Emael -- Article Joseph THONUS

Découvrez le fort d'Eben-Emael

Pour tous renseignement une seule adresse

//www.fort-eben-emael.be/

A titre d'informations le film " L'empereur du goût est programer demain sur la

een télevision néerlandophone

Le fort d'Eben-Emael est toujours un domaine militaire. Situé le long du Canal Albert, le fort d'Eben-Emael était d'une importance stratégique pour la défense Est de la Belgique. Sa mission principale était d'interdire le passage du canal Albert et de la Meuse. Il protégeait également la "trouée de Visé", c.à.d., la vallée de la Meuse entre les villes de Visé et de Maastricht. A ce jour, le fort propose non seulement la visite des ouvrages de combats mais également un musée spécialisé sur le matériel, uniformes, armes, etc. de 1940.
Il peut être considéré comme le musée de la bataille du Canal Albert des 10 et 11 mai 1940 dans laquelle plus de 700 soldats belges périrent.

 

Découvrez le Fort d'Eben Emael 60 ans après par

Joseph Thonus

 

 

 

Joseph Thonus,

 

EBEN-EMAEL, SOIXANTE ANS APRES !

 

 

 

Remarque liminaire

 

«L'affaire Eben-Emael» suscite encore de nos jours de nombreuses discussions, argumentées avec d'autant plus de convictions que de nombreux écrits ont retracé différentes versions de son affligeante histoire. Après 60 ans, à la lumière de faits qui, de nos jours nous sont mieux connus, cette petite analyse des événements des 10 et 11 mai 1940 ne se veut nullement être un réquisitoire ni l'ébauche d'une quelconque critique mais un simple exposé de faits, laissé à la sereine réflexion du lecteur. Son seul but est, à l'appui d'informations et d'indices dûment corroborés, de dissiper les controverses que rien ne peut décidément apaiser.

 

Préambule

 

De la grande pagaille de mai 1940, subsiste encore de nos jours dans l'esprit de certaines personnes, un reliquat suspicieux, une séquelle mémorielle quasi-indélébiles. Effets rémanents de soupçons ayant à l'époque envahi le grand public.

Il est assez malaisé de reconstituer la genèse de la croyance abondamment répandue voulant que la prise aussi rapide du fort d'Eben-Emael n'était que la conséquence d'une « félonie » dont l'action d'une certaine 5e colonne, souvent évoquée à l'époque, n'était pas étrangère, notamment lors de la construction du fort. Des bruits du genre avaient déjà couru au début des événements du 10 mai, par la suite ils avaient trouvé droit de cité dans certains articles de presse ! Après le 10 mai 1940, ces ouï-dire firent boule de neige. Etrillées par deux jours de durs combats, les troupes qui effectuaient l'épuisante retraite canal Albert-KW-Escaut, s'étant mêlées aux colonnes de réfugiés, ne furent pas épargnées par les lazzis, fruits de ces échos-trottoirs, colportant de folles rumeurs, réminiscences des événements et des légendes de 1914.

Il faut dire que les vaincus d'alors trouvaient là un exutoire à une cuisante défaite qu'ils ne s'expliquaient que par la trahison, la pénétration de notre dispositif de défense par des agents ennemis déjà sur place avant le début des hostilités. Durant les années précédant la guerre et en particulier durant la « Drôle de guerre », l'on s'était mis à désigner les activités subversives allemandes du nom de « cinquième colonne ». Cependant, la campagne des 18 jours allait bientôt démontrer qu'en fait, ce n'était ni les espions, ni les Belges « vendus » à l'Allemagne qui avaient amené la défaite et la capitulation de notre armée.

Il est vrai que la Belgique, pays sans ambition militaire ou territoriale, prônant une neutralité qu'elle voulait croire « inviolable », n'avait pas eu la résolution de se préparer sérieusement à une guerre dont elle redoutait l'imminente réalité, pas plus qu'elle n'eut l'idée d'organiser un service de contre-espionnage à la mesure de « l'espionite »[1] que ses gouvernants avaient eux-mêmes suscité au sein d'une population en proie à l'affolement.

 

Oui mais, durant la construction du fort?

 

Voilà certes le « sujet », qui encore de nos jours, perpétue une légende bien ancrée dans certains esprits! « C'est lors de la construction du fort que les Allemands eurent l'occasion de l'espionner à loisir et d'en relever les plans ». Certains affirment d'ailleurs que des firmes allemandes participèrent à sa construction!

Ce qui est certain, c'est qu'il semble évident que dans l'esprit de nombreuses personnes, il y ait eu confusion entre la construction du fort et le creusement du canal Albert, proche du fort et plus particulièrement la « tranchée de Caster » dont les travaux s'effectuèrent plus ou moins durant la même période. Rappelons à ce sujet que si les levés topographiques en vue de l'acquisition des terrains d'emprise et d'implantation des ouvrages eurent lieu en 1931, l'acquisition ne fut réalisée que le 21 février 1932.

Entre-temps, sous les ordres du lieutenant du génie Mercier[2], le personnel nécessaire à la conduite des travaux fut soigneusement choisi et mis en place. En fait, suite à la crise économique de l'époque, l'ensemble des travaux fut divisé en huit entreprises distinctes, s'échelonnant dans le temps et procurant du travail à de nombreuses sociétés. L'adjudication eut lieu selon la « procédure restreinte ». Ce qui signifie qu'il s'agissait non seulement d'entreprises belges mais de plus qu'elles étaient sélectionnées par l'administration militaire, tant pour leurs capacités techniques et financières, qu'au point de vue des garanties sur le plan de la sécurité militaire. Tous les documents, cahiers des charges et plans classifiés « secrets » furent conservés en permanence dans un coffre blindé. En outre, la prévôté effectuait de son côté de fréquents contrôles d'identité sur place.

Quelles sont donc ces fameuses entreprises ? Les voici dans l'ordre chronologique des travaux. Il s'agit de la Société de Construction, Etudes et Ouvraisons de Bruxelles en ce qui concerne le creusement et la construction des puits destinés à relier les ouvrages de surface aux galeries. L'entreprise Limere Frères de Bassenge, pour la construction du réseau des galeries de l'étage supérieur. La construction des casemates et de la coupole de 120 est confiée à la Société de Construction, Etude et Ouvraisons de Bruxelles. La construction des organes de surface, des coffres, des blocs 2, 4, 6 ainsi que les blocs Mi Nord et Mi Sud est attribuée à l'entreprise Limere Frères de Bassenge. L'entreprise Wergifosse d'Angleur prend en charge la réalisation des coffres des blocs d'entrée, du canal et 01. La construction des coupoles Nord et Sud sera réalisée par l'entreprise Pieters de Retinne. Enfin, le creusement des fossés, ainsi que la mise en place des terrassements est confié à l'entreprise Spinette d'Andenne.

En ce qui concerne l'armement, les coupoles sont fabriquées par les Ateliers de Construction de la Meuse à Sclessin. Les affûts de casemate sont fournis par la firme ACEC. L'armement lourd provient de la Fonderie Royale des Canons, qui assure la mise en place et le contrôle des tirs d'essais de toute l'artillerie du fort, sous la direction du capitaine IFM[3] Philips et de l'agent technique Collard.

Comme on peut s'en rendre compte, toutes les précautions de sécurité, confirmées par un rapport établi par la suite par le major Mercier, permettent de réfuter les assertions de « fuites » ou d'espionnage ayant nourri la suspicion d'antan.

 

Le creusement du canal Albert

 

Il est plus que vraisemblable que la réalisation de ces énormes travaux ayant eu lieu dans la région même où s'implantait le fort d'Eben-Emael et qui, débutant le 15 janvier 1930, durèrent 5 ans, créa une certaine confusion durant la période de la construction même du fort. En effet, il faut se souvenir que les délais d'exécution des travaux du canal avaient été fixés à 900 jours ouvrables pour la construction des digues dans la vallée de la Meuse et à 2.400 jours ouvrables pour l'ensemble du travail. L'entreprise des travaux ayant été évaluée par l'Administration des Ponts et Chaussées à 410 millions de francs était d'un montant acceptable pour l'époque. Quatorze entreprises prirent part à l'adjudication :

1. Charles Tournay            (1)                               283 millions

    Charles Tournay           (2)                               307 millions

2. Léon Monnoyer & Fils (1)                                 350 millions

    Léon Monnoyer & Fils (2)                                388 millions

    Léon Monnoyer & Fils (3)                                398 millions

3. Henri Walraeve                                                358 millions

4. SA Laboremus                                                 428 millions

5. SA Dumon et Van der Vin (1)                           497 millions

    SA Dumon et Van der Vin (2)                          515 millions

6. SA Peter Fix Söhne (Duisburg)                         514 millions

7. SA Steward & Mc Donnel (Londres)                520 millions

8. Polens Ry & Zöllner (Berlin)                             524 millions

9. Société Belge des Chemins de Fer

    et Entreprises                                                   530 millions

10. Société Belge des Bétons                                622 millions

11. SA Siemens                                                    628 millions

12. Sa Julius Beager Tiefbau (Berlin)                     640 millions

13. SA Grün & Belfinger (Mannheim)                   643 millions

14. Société de Construction des

      Batignolles (Paris)                                          653 millions

Les prix proposés se répartissent donc entre des valeurs extrêmes très écartées : 283 millions et 653 millions. Parmi les soumissions acceptables, le premier soumissionnaire demandait que l'Etat lui fournît le matériel nécessaire et même le fond de roulement. Son programme technique ne pouvait donner satisfaction, sa soumission n'étant pas conforme au cahier des charges. Le troisième soumissionnaire avait avec lui une société étrangère qui aurait fourni le matériel et pris la direction de l'entreprise. Son offre n'a pu être admise faute de garanties suffisantes et d'un programme technique acceptable.

De toutes les soumissions régulières, la plus basse était celle de 388 millions présentée par la firme Monnoyer & Fils, qui s'était assuré le concours de deux sociétés allemandes. La firme Léon Monnoyer & Fils constitua une société anonyme « Entreprises réunies » dont la soumission fut approuvée le 2 janvier 1930 par Monsieur le ministre Van Caenegem et, le 15 janvier, l'ordre fut donné de commencer les travaux. L'entrepreneur avait pu proposer un prix nettement inférieur à celui de ses concurrents et réduire le délai d'exécution en adoptant une disposition ingénieuse et en mettant en oeuvre un puissant matériel. Il reliait entre elles, dès le début du travail, les deux parties de son entreprise en creusant deux doubles tunnels entre les vallées de la Meuse et du Geer; il pouvait ainsi attaquer immédiatement plusieurs fronts. Bien que les travaux entrepris pour le creusement du canal Albert n'avaient strictement rien de commun avec la construction du fort, le simple fait que deux sociétés allemandes travaillèrent en sous-traitance de la firme à laquelle les travaux du canal furent confiés, causa parmi la population de l'endroit l'amalgame des deux chantiers, qu'aucune cause ou lien ne pouvait associer. La suspicion était née. L'évolution que nous connaissons des événements des 10 et 11 mai 1940 conforta « l'espionnite » qui sévissait dans le pays !



 

[1] Espionnite : phobie de l'espionnage.

[2] Le lieutenant Mercier présida au lancement de la première entreprise le 1er avril 1932.

[3] IFM = Ingénieur des Fabrications Militaires

Pour la suite de l'article voir la page suivante


06/12/2008
2 Poster un commentaire